femme artiste entourée de foulards Charlotte L’Harmeroult

Autoportrait de l’artiste dans son atelier à Lormont.

Artiste plasticienne et performeuse, née à Paris en 1984.

Démarche artistique :

Le travail de Charlotte L’Harmeroult est performatif et plastique, il soulève des questions intrinsèques à notre condition humaine et perturbe nos croyances au coeur de notre identité. Il naît de faits d’actualités, de souvenirs personnels, d’expériences scientifiques et hypnotiques. Elle s’intéresse aux neurosciences et particulièrement aux ondes Thêta, fréquences situées entre 4,5 et 8 hz qui sont associées à une activité cérébrales se manifestant lors d’états de profondes relaxation, d’hypnose, ou de méditation. Elle inscrit dans la matière ce qu’elle perçoit et reçoit de ces pratiques particulières qui l’amènent à explorer d’autres réalités et champs de consciences. Elle raconte et transcrit via ses lèvres, son souffle et sa voix le langage d’une dimension subtile qui lui est chuchotée à l’oreille gauche. Oui, Charlotte L’Harmeroult peint avec ses lèvres et crée des gardiens de lumières avec une matière noire qu’elle fabrique. Elle réalise des actes magiques, des langages de ciels, des couronnes galactiques, des nouvelles prières. Elle embrasse des cassures, créée des mouchoirs à chagrins. Elle détourne, transpose et joue des codes de représentation classique à l’aide de foulards. Elle aime dire qu’elle upcycle la pensée et la matière dans un monde en pleine mutation. Elle ouvre la voie sur ses voyages hypnotiques, et nous fait découvrir ce qu’il y a derrière. 

Le medium de Charlotte L’Harmeroult est transversale. Elle utilise les outils et matériaux en fonction de ce qu’elle nous raconte. La photographie, et la couleur peinte sont souvent présente. Le textile qu’elle imprime à la main revient de façon récurrente, ainsi que le papier sur lequel elle dépose son adn avec sa matière noire faite de pigment minérale, de cire et d’huile. Elle produit sans cesse des dessins, des textes, des images qui se dévoilent au fil du temps lors d’installations dans lesquelles elle se met en scène.

Charlotte L’Harmeroult est une chercheuse inconditionnelle de liens, de codes et de vérités. La performance l’amène à utiliser son corps comme outil de médiation. Elle nous met sur la voie du voir et de la voix à travers la narration, et le chant.

Le baiser est un symbole cher à l’artiste lié à une expérience intime entre le monde d’en bas et le monde d’en haut. Il est quasiment présent dans l’ensemble de son travail depuis l’hiver 2011, date à laquelle elle embrasse le cercueil de sa mère avant qu’il parte au feu. Cet acte performatif, non prémédité a été pour elle une source d’inspiration puissante, le canal de la liberté, celui qui pousse les limites du réel et permet de démystifier le monde invisible. Depuis cette événement, puis la sortie de son foulard, le baiser du diamant, pour la Maison Mauboussin, la matière textile est présente dans sa démarche. En embrassant la matière, l’artiste rend l’émotion visible. Elle crée du lien avec les publics et un monde plus grand.

BIOGRAPHIE

Charlotte L’Harmeroult est une artiste française, plasticienne et performeuse née à Paris en 1984. Elle vit et travaille à Bordeaux depuis 2015. Son atelier est situé à Lormont, Panoramas sur le rive droite du bas Carriet. Son travail soulève des questions intrinsèques à notre condition humaine et perturbe nos croyances au cœur de nos identités à travers différents outils et médiums. 

Après ses études aux ateliers de sèvres puis trois ans aux beaux-arts Paris Glacière en lithographie, peinture, dessin, elle s’installe à Berlin en 2010 où elle intègre les ateliers Tempelhof 10 avec les diplômés de l’école de Weissensee. Elle expose à The Affordable Art fair à New-York et à Bruxelles puis lors d’expositions de groupe à Washington et en Israël. Elle crée le duo JN+C avec son père, le photographe Jean-Noël L’Harmeroult, et approfondie la pratique de la performance. Charlotte L’Harmeroult se met en scène au travers de ses oeuvres photographiques, plastiques et videos. Elle revient en France en 2014 et présente une exposition personnelle à Boulogne avec la curatrice Cécile Dufay à la galerie Mondapart sur le poids de l’âme et son empreinte dans une installation immersive où elle invite Romain Azzaro à performer avec elle.

Charlotte L’Harmeroult crée un langage avec l’empreinte de ses lèvres et une matière noire qu’elle fabrique. L’artiste est soutenue par la Maison du joaillier Mauboussin depuis la sortie de son foulard, Le baiser du diamant en 2012 avec deux expositions parisienne, place Vendôme et sur les Champs Elysée. Elle crée deux bijoux d’artiste en 2015 qu’elle nomme Lèvres de toi, Je succombe. La Galerie Jed Voras Paris l’invite à exposer et à produire une oeuvre ainsi qu’une performance dans le cabinet des jeux de Nicolas Fouquet au Chateau Vaux-Le-Vicomte. 

En 2015 Charlotte L’Harmeroult s’installe à Bordeaux et remporte avec La Chambre Bleue l’Aide à la Création de la ville pour l’oeuvre performative et poètique De vers à soi à la Galerie des étables. Le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux lui consacre une exposition personnelle Cours Mably pendant le festival et Guillaume Fédou lui commande deux performances pour sa Carte rose dans le cadre de Bordeaux Métropole – Paysage 2017. 

Après avoir mis au monde une fille en 2018, Charlotte L’Harmeroult reprend ses recherches artistiques pendant le premier confinement 2020 et crée une signalétique de l’intime sur papiers qui débordent dans la vie du quotidien avec des coussins aux formes hybrides. Elle intègre les ateliers de Panoramas à Cenon où elle crée une série textile upcyclée qu’elle nomme Baisers Grenade. Les baisers sont imprimés à la main avec un tampon linogravé par ses soins et une encre à sérigraphie à l’eau. Elle aime dire qu’elle « upcycle » la pensée et la matière dans un monde en pleine mutation. Et si la transition énergétique passait aussi par l’être ? 

A l’hiver 2019 elle intègre le collectif les Créateurs de Cérémonies à Bordeaux. Elle acquière une formation professionnelle en temps que créatrice de cérémonies d’engagement (laïque) et officiante. Elle accompagne seize couples à la création de leur cérémonie d’union au niveau national et prend son envol en septembre 2022 pour un accompagnement plus artistique et libre. Elle déploie avec l’identité du couple une performance d’art, grâce à la réalisation d’un rituel unique pour leur histoire. En sa qualité d’artiste, Charlotte L’Harmeroult accompagne les couples au plus proche de leurs désirs et de leur croyance avec un regard avant gardiste et une écriture au rythme dansant et saisissant. 

Depuis septembre 2022, elle démarre une nouvelle recherche autour de la pratique de l’auto-hypnose et l’hypnose profonde qui lui permet d’aller au delà de soi. Elle écrit sur ses voyages, et dessine ce qu’elle y voit. Les arts aux murs artothèque de Pessac acquière une de ses oeuvres en décembre 2022. Elle travaille actuellement sur un nouveau projet nommé : Au delà de l’identité, une oeuvre collective et collaborative qui questionne les vérités individuelles des habitants des territoires. Celui-ci est soutenu par la ville de Bordeaux. 

Son travail sera présenter prochainement au Centre d’art du Bois fleuri à Lormont du 9 avril au 18 mai 2024. 

Textes

Pour Charlotte L’Harmeroult le baiser est un vécu pléthorique qu’elle n’a de cesse de rechercher et de transfigurer dans son travail. Il cristallise les passions. Il est une réalité filante qui, une fois déposé, jouit d’une existence éthérée qui ne garde pour trace que l’emprunte qu’il laisse dans le coeur des êtres. Le travail de cette artiste se concentre à rendre l’invisibilité du baiser, visible.

Le contact avec la bouche se pratique pour des raisons sociales et sentimentales. Utiliser avec tact et respect des règles de l’amour et du vivre ensemble, le contact labiale est un geste qui dépose l’ordre. L’intensité avec laquelle Charlotte L’Harmeroult pratique le baiser, propage une déflagration sur le terrain des rites sociaux balisés liés au contact des lèvres et les fait éclater.

L’organe de la bouche lui permet d’accéder à une liberté émotionnelle qui vient s’incarner lors d’une performance ou bien à la surface d’une toile. L’artiste crée tantôt de l’amour tantôt de la transgression passionnelle. Ainsi, elle chemine vers une cristallisation des émotions, et une transmission des vérités communiquées à autrui.

Charlotte L’Harmeroult cherche les éléments éthérés de l’existence. Elle fait naître des oeuvres qui étendent la réalité poétique du monde contemporain et exorcisent le dangereux soliloque d’un monde urbain qui ne dialogue plus qu’avec lui-même et reste ainsi aveugle fasse à la richesse de ses existences invisibles et métaphysiques.

Aleksandra Olenka Smilek, commissaire d’exposition. 

Charlotte L’Harmeroult sait parfaitement se définir, ce qui est rare chez un artiste, et chez un être humain en général. Elle est selon ses propres termes une « provocatrice émotionnelle dans le « ici et maintenant » ». 

Regardez bien. Sa douceur, son sourire, ses couleurs, la joliesse de ses armes, de sa personne, de son regard sur le monde sont un diluant de la vulgarité, de l’impersonnel, de la triviale banalité qui couvre d’un voile gris notre contemporéanéité et notre vision du monde. Eduqués par la pensée et l’arts officiels non pas à regarder le monde, à tenter de le voir, mais à l’analyser, le décortiquer, en faire surgir les failles, les incohérences, les laideurs et les insuffisances, bref, ayant été dressés à une pensée de système qui sous couvert de nous ouvrir les yeux nous offre une vision noire et pré-formatée, nous ne savons plus voir cette évidence : le monde est, et nous sommes. Là, tout simplement, nous insérant dans le réel, introduisant notre regard propre, si nous le voulons. Propre aux deux sens du terme : nouveau, clair, pur de tout jugement. Personnel, car chacun voit le monde différemment, remarque et note et interprète et transforme son environnement -parce que la vision est une interprétation éminemment individuelle. Le regard est un mystère : c’est une fonction qui en appelle autant au cerveau qu’aux yeux, et probablement repose sur l’ensemble de nos sens. Les couleurs ne sont pas perçues de la même façon par les individus, cela est connu. Mais sait-on que le rapport physiologique à la vision n’est pas le même selon nos capacités physiques ? Celui qui ne sait pas toucher ne voit pas comme celui qui sait. Sait-on suffisamment que la « vision » est une forme aigüe d’intelligence ? Les génies « voient en images », comme les artistes, et leur raisonnement ne suit pas un cheminement logique additionnant des étapes, il est un flash géométrique. On parle de visionnaires, et si Dieu est Verbe, il vit que cela était bon, dans la Genèse/Création. Charlotte L’Harmeroult purifie votre regard sans l’abstraire du monde. Elle vous aide à voir le monde comme le terrain de votre propre vision, qui va venir enrichir une oeuvre nécessairement collective, mais qui à la fin deviendra éminemment la vôtre. Elle vous apprend que vous êtes les créateurs de votre propre monde, véritablement. Et Charlotte vous révèle un deuxième secret que la sagesse populaire connaît de longue date : on ne voit bien qu’avec le coeur. Pour être capable de regarder, il faut aimer, se placer dans une disponibilité et une empathie, accepter le mélange, le partage, une dilution/dilatation de soi pour se trouver soi-même. Méfiez-vous des doux, des discrets, des réservés. Ils osent. Sans faire semblant. 

Cécile Dufay, galeriste. Galerie Cecile Dufay. Paris