verre cassé embrassé et portrait de femme artiste

Photographie de l’artiste par Sébastien Cottereau.

Artiste plasticienne et performeuse, née à Paris en 1984.

« Mon travail artistique, performatif et plastique naît à partir de souvenirs, d’expériences scientifiques, d’expériences in-expliqués, ou de faits d’actualités.

J’inscris dans la matière ce que je perçois de l’autre réalité. Celle que je vis dans mes songes, lors de méditations ou de voyages hypnotiques. Je raconte et transcris via ma main droite le langage d’une dimension subtil qui m’est chuchoté à l’oreille gauche.

Je réalise des actes magiques, des langages de ciels, des couronnes galactiques, des nouvelles prières, j’embrasse des cassures, crée des mouchoirs à chagrin. Je détourne, transpose et joue des codes de représentations. J’upcycle la pensé et la matière. Je suis une chercheuse inconditionnelle de liens, de codes, et de vérités. Mon travail soulève des questions intrinsèques à notre condition humaine et perturbe nos croyances.

Dans ma démarche, je lie l’empreinte visible à l’empreinte invisible à l’aide de différents médiums. La photographie, l’écriture, une matière noire (à lèvre) que je fabrique, l’encre, le crayon, et la peinture. La performance m’amène à utiliser le corps comme outil de médiation.

L’empreinte de mes baisers est quasiment présente dans toute mon œuvre depuis l’hiver 2011, date à laquelle j’ai embrassé le cercueil de ma mère avant qu’il parte au feu. Cet acte performatif, non prémédité est pour moi une source d’inspiration puissante. Le canal de la liberté, celui qui pousse les limites de nos croyances et permet de démystifier le monde invisible. »

Charlotte L’Harmeroult

Charlotte L’Harmeroult sait parfaitement se définir, ce qui est rare chez un artiste, et chez un être humain en général. Elle est selon ses propres termes une « provocatrice émotionnelle dans le « ici et maintenant » ». 

Regardez bien. Sa douceur, son sourire, ses couleurs, la joliesse de ses armes, de sa personne, de son regard sur le monde sont un diluant de la vulgarité, de l’impersonnel, de la triviale banalité qui couvre d’un voile gris notre contemporéanéité et notre vision du monde. Eduqués par la pensée et l’arts officiels non pas à regarder le monde, à tenter de le voir, mais à l’analyser, le décortiquer, en faire surgir les failles, les incohérences, les laideurs et les insuffisances, bref, ayant été dressés à une pensée de système qui sous couvert de nous ouvrir les yeux nous offre une vision noire et pré-formatée, nous ne savons plus voir cette évidence : le monde est, et nous sommes. Là, tout simplement, nous insérant dans le réel, introduisant notre regard propre, si nous le voulons. Propre aux deux sens du terme : nouveau, clair, pur de tout jugement. Personnel, car chacun voit le monde différemment, remarque et note et interprète et transforme son environnement -parce que la vision est une interprétation éminemment individuelle. Le regard est un mystère : c’est une fonction qui en appelle autant au cerveau qu’aux yeux, et probablement repose sur l’ensemble de nos sens. Les couleurs ne sont pas perçues de la même façon par les individus, cela est connu. Mais sait-on que le rapport physiologique à la vision n’est pas le même selon nos capacités physiques ? Celui qui ne sait pas toucher ne voit pas comme celui qui sait. Sait-on suffisamment que la « vision » est une forme aigüe d’intelligence ? Les génies « voient en images », comme les artistes, et leur raisonnement ne suit pas un cheminement logique additionnant des étapes, il est un flash géométrique. On parle de visionnaires, et si Dieu est Verbe, il vit que cela était bon, dans la Genèse/Création. Charlotte L’Harmeroult purifie votre regard sans l’abstraire du monde. Elle vous aide à voir le monde comme le terrain de votre propre vision, qui va venir enrichir une oeuvre nécessairement collective, mais qui à la fin deviendra éminemment la vôtre. Elle vous apprend que vous êtes les créateurs de votre propre monde, véritablement. Et Charlotte vous révèle un deuxième secret que la sagesse populaire connaît de longue date : on ne voit bien qu’avec le coeur. Pour être capable de regarder, il faut aimer, se placer dans une disponibilité et une empathie, accepter le mélange, le partage, une dilution/dilatation de soi pour se trouver soi-même. Méfiez-vous des doux, des discrets, des réservés. Ils osent. Sans faire semblant. 

Cécile Dufay, galeriste. Galerie Cecile Dufay. Paris 

Pour Charlotte L’Harmeroult le baiser est un vécu pléthorique qu’elle n’a de cesse de rechercher et de transfigurer dans son travail. Il cristallise les passions. Il est une réalité filante qui, une fois déposé, jouit d’une existence éthérée qui ne garde pour trace que l’emprunte qu’il laisse dans le coeur des êtres. Le travail de cette artiste se concentre à rendre l’invisibilité du baiser, visible.

Le contact avec la bouche se pratique pour des raisons sociales et sentimentales. Utiliser avec tact et respect des règles de l’amour et du vivre ensemble, le contact labiale est un geste qui dépose l’ordre. L’intensité avec laquelle Charlotte L’Harmeroult pratique le baiser, propage une déflagration sur le terrain des rites sociaux balisés liés au contact des lèvres et les fait éclater.

L’organe de la bouche lui permet d’accéder à une liberté émotionnelle qui vient s’incarner lors d’une performance ou bien à la surface d’une toile. L’artiste crée tantôt de l’amour tantôt de la transgression passionnelle. Ainsi, elle chemine vers une cristallisation des émotions, et une transmission des vérités communiquées à autrui.

Charlotte L’Harmeroult cherche les éléments éthérés de l’existence. Elle fait naître des oeuvres qui étendent la réalité poétique du monde contemporain et exorcisent le dangereux soliloque d’un monde urbain qui ne dialogue plus qu’avec lui-même et reste ainsi aveugle fasse à la richesse de ses existences invisibles et métaphysiques.

Aleksandra Olenka Smilek, commissaire d’exposition.